Catégorie : Religion

Quand Allah s’invite au pays du Christ Rédempteur

  • Il est 20 heures, nous sommes un dimanche, jour de match entre Fortaleza et Ceara, les deux clubs rivaux de la région où j’habite, et Dieu seul sait ô combien il est dangereux de se pavaner dans les rues pendant ces moments (dépendamment du score final, il y a souvent de ces supporteurs qui deviennent un chouya violents et s’engagent dans des « sortes d’interaction » avec autobus, personnes et autres biens publics, que je jugerais très peu honorifique vis-à-vis du genre humain. Bref…) À cette heure, je sors de l’église pour rentrer chez moi, j’arrive à l’arrêt de bus et il y a cette dame, dans la soixantaine je dirais, assise toute seule. Dans son visage, j’entrevois une certaine inquiétude. A-t-elle peur de moi ? Dans ma tête, je me demande si c’est mon physique imposant qui l’effraie ou si c’est l’événement du jour. Je n’ai pas le temps d’y réfléchir, car très vite, j’obtiens ma réponse lorsqu’elle s’adresse à moi en disant:  » Quel bus vas-tu prendre, mon fils ? »
  • J’ai tout de suite compris. La dame n’a pas envie, à raison, de rester toute seule à l’arrêt. En principe, n’importe quel bus passant sur cette avenue peut me conduire chez moi, mais en bon samaritain, en bon petit chrétien qui vient, en plus, de recevoir le Corps du Christ, je décide d’attendre avec elle jusqu’à ce que le sien n’arrive. Elle semble ravie. Et en attendant que le car ne vienne, elle engage de nouveau la conversation : (suite…)


Terrorisme au Kenya: À qui profite le crime?

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Lamentable, choquant, inadmissible, inhumain, barbare, sauvage, (…) Je ne trouverai jamais assez d’adjectifs pour qualifier cet acte de terrorisme, survenu sur le campus de l’université kényane de Garissa, située dans l’est du pays. Non mais Allô quoi!

Au nom de quoi ou de qui peut-on se permettre de mettre un terme à 147 vies humaines? Comment est-ce qu’un homme normal, possédant toutes ses facultés mentales, peut-il se lever un beau matin, puis aller jouer à Hitler quelques instants après? J’ai envie de croire qu’il y a une raison derrière tout ça. J’ai envie qu’on me dise qu’il y a quelque chose qui puisse justifier une atrocité de cette envergure. Parce-que là, je ne sais plus quoi penser.

Messieurs les Shebabs, (suite…)



Conversation avec une Akpénou (2)

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Et bien, malgré tout, ma copine a fait sa cérémonie de « Akpénou » à l’église. Ni mes arguments, ni mon article sur la question n’ont réussi à l’en dissuader.  Oui, elle est coriace et dure de tête, celle là. Et comme si cela ne suffisait pas, elle en est revenue persuadée de pouvoir me persuader du fait que j’avais tort. Appréciez avec moi son message.

« Coucou ! bon, avant, je n’avais pas assez d’arguments pour te convaincre du pourquoi ça se fait à l’Eglise! Mais grâce à la retraite que j’ai faite, je peux parfaitement te répondre maintenant.

D’abord, cette cérémonie a été introduite dans l’Eglise (ou « christianisée » comme vous le dites) pour enlever les points négatifs de la tradition! Je m’explique: à l’époque, nos ancêtres ne connaissaient pas la religion; ils ne connaissaient pas Dieu! Du coup, ils adoraient les dieux, les fétiches…; donc ils pratiquaient leurs traditions en fonction d’eux. Donc, Akpéma, c’était un de ces rites, réservé à la jeune fille, prouvant qu’elle passe de l’étape d’enfant à c’elle d’ adulte! Désormais, elle n’a plus rien à voir avec l’enfance! Et après ce rite, elle allait directement se marier! Son mari lui était  choisi par ses parents depuis le bas âge.

Donc , en fait, la jeune fille monte jusqu’à la montagne nue, pour adorer ces dieux la, puis pour être choisie par un evalo (singulier de « evala »)! Donc, ce système là, à l’époque se faisait à nu, car dans le temps, ils n’avaient pas d’habits! la plupart des gens n’avaient rien à porter! les habits n’existaient pas encore!

Mais maintenant que les mentalités ont évoluées, pourquoi continuer ces rites là? Alors que (normalement pour un chrétien catholique), quand on te baptise, tu dis que tu renonces ouvertement à Satan, et désormais tu ne suis que la voie du Christ! Alors, pourquoi retourner dans les montagnes, adorer ces dieux là? Et maintenant que les habits existent, quand un enfant naît, on l’habille, histoire de cacher ce qu’il a de précieux, en particulier la jeune fille, qui doit cacher ce qu’elle a de précieux ; pourquoi maintenant elle va le montrer à tout le monde, alors que cela doit être réservé pour son futur mari?

Voilà un peu l’utilité de l’Eglise et son intérêt dans le fait de christianiser ce rite! Certes, cela reste la traditions pour toutes les filles kabyè, mais, il fallait vraiment qu’on retire ces parties négatives là!
Je sais que je me ferai pas comprendre de tous, mais j’aurai essayé quand même!
Sur ce, cher Marek, merci pour cet article quand même, et pour ce débat que tu as lancé!
Bonne continuation! »

Mon analyse, ce que je comprends au travers de ce texte, c’est que ma chère copine n’a malheureusement toujours rien compris. La tradition est intrinsèque à la culture d’un peuple. Et une chose que j’apprise depuis la classe de Terminale, dans le cours Nature et Culture avec mon professeur de philosophie, ah mon très cher M.Wilson,  c’est que,  la culture définit une société. Donc, ces traditions sont pour le kabyè, une identité. Quand on parle Evala, quand on parle Akpéma, directement on pense à Kara et ses environs.

Personne n’a le droit  de juger la culture de l’autre. Ma culture n’est pas meilleure que celle de l’autre. Elle est juste différente. Prenant les choses de cette façon, il est clair que l’Eglise catholique ne doit en aucun cas s’immiscer dans la vie traditionnelle de untel et prétendre vouloir l’améliorer parce qu’elle la considère pleine de points négatifs. Aberration!

Si des modifications doivent y être apportées, elles doivent se faire d’un commun accord, au sein de la société même. Par exemple, aujourd’hui, il est désormais permis aux Akpémas de porter des sous vêtements si elles le désirent. Mais le rite en soi, reste le même. Cas similaire, le Vatican a récemment modifié le « Notre Père », modification qui devrait entrer en vigueur à partir du mois  de Novembre. Dans les deux cas, les décisions ont été prises par la communauté elle même et n’ont changé que de petits points. Et pas forcément parce qu’ils sont négatifs.

 Des choses changent et évoluent, oui mais, pas une tradition en soi, pas une culture. Le catholique lui même a des pratiques, qui depuis la nuit des temps ne changent pas, non? Le rosaire, le chapelet,  les prières comme le « Je vous salue Marie ». Avez vous déjà entendu parler de quelqu’un, étranger au catholicisme, qui soit venu modifier délibérément l’une de ces pratiques? Imaginez vous même ce que cela créerait par la suite. Ils crieraient sur tous les médias et réseaux sociaux au blasphème, au non-respect de l’autre et à bien d’autres conneries. Or, force est de constater que c’est exactement ce qu’ils sont en train de faire eux mêmes. #LaloiDUpluSfORT…

« …quand on te baptise, tu dis que tu renonces ouvertement à Satan, et désormais tu ne suis que la voie du Christ! Alors, pourquoi retourner dans les montagnes, adorer ces dieux là?« ??????  Traiter les croyances des autres de satanique? Bon, je vais faire de commentaires là dessus. La phrase parle d’elle même. Ma copine est perdue. Je vais juste terminer avec une équivoque et un conseil: 

J’aimerais comprendre pourquoi il n’y a que les catholiques qui agissent de la sorte? Si une jeune fille est kabyè et protestante, son Akpéma, elle le fera où? Et la musulmane???

Tu as choisi ton chemin, restes-y. Si tu penses que la cérémonie Akpéma ou Evala ou n’importe quelle autre pratique est truffée de points négatifs, tout simplement, ne la fais pas. Fais juste ce en quoi tu crois, mais ne juges pas ce en quoi les autres croient. Et pour la dernière fois je le répète: Jamais un baptême catholique ne fera dans un temple Vaudou. Que ceux qui veulent comprendre comprennent et que ceux qui veulent faire semblant de ne pas comprendre, …. bah je leur dirais juste #héhéhéhéhé.



Conversation avec une future Akpénou (I)

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Un beau matin, je me suis lancé dans une discussion avec une amie de longue date, puis nous nous sommes gentiment frictionnés par rapport à un point. Je vous laisse apprécier.

Moi : …. Aah tes vacances seront longues. Vas-tu rentrer au pays?

Elle : C’est ce que je compte faire, mes parents veulent même me faire Akpéma.

Moi : Super. Je vais tout faire pour ne pas rater ça. Toi, à poil jusqu’à la montagne. Ça promet.

Elle : Lol, jamais, nada, ce sera à l’église. Ça va pas chez toi ?

Moi : Comment ça ? Akpéma, c’est de façon traditionnelle que ça se passe. Où est-ce que tu as déjà entendu parler d’un baptême dans les montagnes ?

Elle : Pfff, toi et ta logique là, on s’en fout. Toi, tu as déjà fait Evala ?

Moi : Non non, je vais le faire à la mosquée l’année prochaine.

Elle : Lol, Evala à la mosquée? Tu te fous de qui ? Pfff, t’es vraiment bête quoi.

Moi : Et toi qui veux faire Akpéma à l’église là, tu ne te fous pas de la tradition par hasard . . .

Bien, pour ceux qui se posent la question, Akpéma est un rite d’initiation de la jeune fille Kabiyè (Ethnie du Nord-Togo) qui lui ouvre les portes de la vie d’adulte et du mariage. Généralement, elle y est soumise entre 18 et 20 ans. Les cérémonies s’effectuent dans les montagnes du canton et sont dirigées par les <vieilles>. L’ Akpénou (nom donné à celle qui subit l’initiation) rallie les montagnes, souvent à des kilomètres de chez elle, toute nue.

En cela, on entrevoit son courage, sa détermination et aussi sa promptitude à supporter le fardeau que peut représenter son futur foyer. Au lieu où se déroule la cérémonie proprement dite (dans une grotte située dans les montagnes interdites aux spectateurs), lorsque l’Akpénou arrive à s’asseoir sur <la pierre sacrée> et se relève sans le moindre problème (en terme plus clair, sans que du sang ne coule de son organe génital), elle aura prouvé qu’elle est restée chaste depuis sa naissance jusque-là . Que d’honneur pour elle, ses parents, sa famille.

Au terme de la cérémonie, elle devient officiellement une femme et a le droit de se marier (à un homme qui aura au préalable fait « Evala », rite d’initiation pour les hommes).

L’Eglise catholique a cependant décidé depuis de nombreuses années de « christianiser » cette pratique purement traditionnelle, et ce, sans l’accord des chefs coutumiers. Aujourd’hui, elle organise donc le même rite à sa façon, ce que je trouve personnellement absurde, ce que je qualifie de loufoquerie de taille.

La tradition n’est pas à mêler au christianisme. Que ferait l’Eglise si les chefs traditionnels décidaient à leur tour de communier ou de confirmer les jeunes aspirants comme ils veulent? Elle crierait au blasphème. J’en suis sûr à 99% . En plus, n’est-ce pas elle, cette même église qui, dans les cours hebdomadaires de catéchèse, nous enseigne qu’il ne faut pas faire à autrui ce que l’on ne veut pas qu’on nous fasse ? Hmmmm vaut mieux ne pas en dire plus…

Puisqu’il en est ainsi, et bien moi, l’année prochaine, je fais Evala à la mosquée et plus tard ma fille fera son Akpéma à la synagogue.