Éducation au Togo: Jusqu’où descendrons nous? (1)

Article : Éducation au Togo: Jusqu’où descendrons nous? (1)
18 juillet 2016

Éducation au Togo: Jusqu’où descendrons nous? (1)

« L’éducation scolaire peut faire stagner le développement d’un peuple, voire compromettre son futur si elle est constamment confrontée à des problèmes qui empêchent son bon fonctionnement (fragilité du système éducatif, infrastructures insuffisantes, etc.) ». Cette affirmation de José Carlos P. Almeida Filho, professeur à l’Université de Brasilia, nous envoie sans escale et sans détour à un constat : au Togo, nous sommes de véritables masochistes. Vu que nous jouons avec le feu, nous nous brûlons mais cela ne semble aucunement nous inquiéter.

Depuis quelques années, les taux de réussite aux différents examens nationaux sont sur une pente descendante et 2016 est arrivée en force pour confirmer cette tendance avec les résultats du  BEPC et du BAC 1, en attendant ceux du BAC 2 qui très certainement ne nous surprendront pas positivement. Encore que les deux premiers examens cités ont été entachés de plusieurs rumeurs selon lesquelles il a fallu faire certains « traitements cosmétiques » – comme le dira mon confrère Elie – afin d’obtenir les pourcentages de réussite officiellement publiés. Info ou intox ? Bien malin celui qui pourra dire !

Une question s’impose : à qui la faute ? Aux élèves, qui sont de moins en moins attentifs et performants ? Ah ça, on l’aura entendu et réentendu hein… « Les enfants d’aujourd’hui là, vraiment, ils sont nuls quoi ! Ils ne foutent plus rien à l’école. On leur donne tout ce qu’il faut, on ne leur demande que d’étudier mais zéro »… Quelque part, ce n’est pas faux car en effet, on sent nos jeunes frères moins impliqués et appliqués aujourd’hui et la plupart de leurs centres d’intérêt divergent bien souvent de ceux de notre système éducatif. Eh bah voilà le résultat!

Mais une nouvelle question s’annonce : les élèves sont-ils les seuls fautifs dans l’histoire ? Of course not ! Tout évolue, tout change. Nos sociétés et visions du monde arborent de nouveaux visages au fur et à mesure que le temps passe, cependant, notre système d’éducation est de façon générale resté calqué sur la pédagogie traditionnelle libérale, laquelle pédagogie ne répond plus forcément de manière satisfaisante aux exigences de nos réalités actuelles. Les pays comme la Finlande et le Danemark, qui excellent dans ce secteur, ont abandonné cette tendance il y a belle lurette, ont innové et adopté des politiques plus adaptées qui aujourd’hui leur permettent d’être là où ils sont.

Ajouté au retard du système éducatif sur notre temps, il y a également l’éternel problème des infrastructures et celui des ressources humaines dans le domaine : sur toute l’étendue du territoire, nombreuses sont les écoles qui ont besoin de réformes et de matériels didactiques de qualité, sans quoi les processus d’enseignement et d’apprentissage deviennent beaucoup plus compliqués. D’un autre côté, on peut remarquer qu’il y a plusieurs professionnels qui possèdent le savoir mais qui ne savent ni enseigner, ni éduquer. Quand on est un peu « chanceux », on peut tomber sur l’espèce rare de ceux-là qui n’ont aucune de ses qualités. Admettons tout de même que c’est parfois difficile de faire son travail avec amour et abnégation lorsque derrière les conditions de travail et les salaires ne sont guère encourageants.

Somme toute, si aujourd’hui ça ne va pas très fort au sein de notre éducation, la responsabilité de la situation ne revient pas seulement aux élèves qui, selon certains, ne se donnent pas suffisamment aux cahiers. Il y a derrière plusieurs autres problèmes comme ceux cités plus haut que nous devons sérieusement considérer et nous atteler à solutionner. Autorités compétentes et éducateurs ont un rôle important à jouer dans cette marche qui viserait à renverser le cours des choses et à faire réellement de l’éducation le principal moteur du développement de notre pays. Mais encore faudra-t-il qu’ils acceptent de tout remettre en question, y compris eux-mêmes. Encore faudra-t-il qu’ils aient une véritable volonté de s’y mettre!

Ces jeunes adolescentes et enfants présents sur les images de l’article méritent d’avoir toutes les chances de briller et d’apporter leurs contributions dans la construction de notre pays. Oui, ils méritent de garder ce sourire qu’il ont sur leurs visages. Ils méritent une éducation qui pense à eux et non une éducation tournée vers elle même.

Crédit photo: www.africatopsuccess.com
Crédit photo: www.africatopsuccess.com

 

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Commentaires

Al Legrand
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Triste réalité les failles de notre système éducatif. On se demande si avec ce système, la génération future sera apte à soulever notre cher pays!?
#IlEstTempsQu'onSeReveille

mareklloyd
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Ensemble, nous ferons le nécessaire mon grand! Nous sommes la génération qui changera la donne, et c'est ici et maintenant que tout commence

Carlos_Zekiya Choco
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Pour moi personnellement je ne crois pas que la question des salaires des enseignants soit un facteur déterminant de nos jours. Pour plus de précision la grille salariale des enseignants est meilleur qu'un fonctionnaire X de la fonction publique. pour dire qu'avec un même diplôme, celui qui est enseignant gagne mieux que celui qui est à la fonction public et en plus l'enseignant a trois mois pour faire autre chose.
Revenons maintenant à notre sujet dans les années 1998 à 2002 où moi j'ai fait le lycée la situation en terme d'infrastructure n'était pas enviable a celles actuelles. Je parle du lycée moderne de Sokodé que j'ai fréquenté. Malgré les difficultés on ne se plaignait pas de nous. ceux qui réussissaient avaient un bagage conséquent.
Pour ma part le véritable problème est parti de la base. le favoritisme, faire réussir des 9, 8 voir 7 de moyenne au collège, on ne peut s'attendre qu'à de tels résultats. Un morceau de bois même s'il passe une éternité dans une rivière ne deviendra jamais un croco. Faisons réussir que les méritants et vous verrez les résultats dans le supérieur ne seront que meilleurs.
Dans les milieux où moi je passe je note une accentuation du favoritisme dans les établissements scolaire et ça pour moi c'est la gangraine. Tant qu'on ne viendra pas à bout de ce problème, ne pensez pas qu'on aurait trouver la solution; on l'aurait juste déplacé

mareklloyd
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Merci pour ton intervention Carlos!! Je ne savais pas par rapport à la grille salariale, mais nous nous rejoignons un peu avec l'histoire de faire passer des élèves qui n'ont pas le niveau en classe supérieure. L'école est devenu un marché. "Si ton enfant échoue chez moi, et si je ne le fais pas passer, tu iras trouver un collège qui l'accepteras et ce sera 40 milles d'écolage que j'aurai perdu" - Nombreux sont ceux qui pensent comme ça, mettant l'essentiel qui est d'éduquer au second plan et priorisant le gain. Mais à mon avis, avec un meilleur suivi du gouvernement et une meilleure formation des éducateurs en général, cela pourrait se résoudre.

AKAKPO Ayéwoanou Rémi
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TOUT IRA DE MIEUX POUR CETTE JEUNESSE SI NOUS NOUS LEVONS TÔT, RIEN N'EST ENCORE PERDU. IL Y A TOUJOURS UNE SECONDE CHANCE.

mareklloyd
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En effet, Rémi!! Rien n'est perdu ...

Razak chabi
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J'ai aimé bro

Lucien Ekoé Ayi
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Le système éducatif est en panne depuis des années mais on semble ne pas s'en préoccuper. À cela s'ajoute l'avènement des nouvelles technologies et les réseaux sociaux qui sont une véritable drogue pour la jeunesse. Ainsi, nos jeunes frères accordent moins d'importance à leurs études. On est donc confronté à un phénomène social qui malheureusement a des conséquences négatives sur l'avenir de la jeunesse. Et aucune alternative n'est préconisée pour venir à bout de cette situation. C'est donc le sort de tout une nation qui est en jeu. C'est ce que doivent comprendre nos dirigeants et ceux qui gèrent le système éducatif. Si de nouvelles approches ne sont pas trouvés, nous verrons dans quelques années toute une génération inculte à la tête de notre pays et de nos institutions. Nous en appelons donc aux gouvernants et à tout un chacun pour une prise de conscience effective.

mareklloyd
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Bien dit Akue!!!!

Tom
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J'ai aimé

Daniel Sogoyou
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Tres pertinent cet article Marek..
Tout ce que je peux dire c'est moins de blablabla et plus de ça ça ça, je veux dire moins de bavardages(Ce que font les personnes responsable de notre système educatifs ) et plus d'action.
Sans oublier que nous qui parlons pouvons apporter notre pierre ce que tu fais deja Marek,et les 'men in charge' du système pourraient baisser d'un degré d'ego et ecouter ou soutenir les idées du peuple,des eleves,groupe et jeunes motivé pour savoir comment faire.
c'est vrai on peut copier le nouveau model d'etude de la France par exemple mais rien ne prouve que ça marchera parcequ'il faut s'adapter au realités du pays.
En gros ,merci Marek

mareklloyd
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Commentaire validé à 100%

Rafaela
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Bonsoir,
très bon article en effet: simple et efficace. Pas besoin de "gros "mots pour décrier la situation catastrophique du système éducatif au Togo. Mais malheureusement c'est le cas dans beaucoup d'autres pays d'Afrique subsaharienne francophone. Je ne connais pas la situation au Maghreb ou en Afrique subsaharienne anglophone.
Les torts sont partagés entre les jeunes qui délaissent les cahiers pour accorder plus d'intérêt aux travers réseaux sociaux et pour qui cultivent la culture "héritée" de certains aînés: tout se vend, tout s'achète. Exit la méritocratie. Bonjour la corruption et le favoritisme.
Les aînés ont aussi leurs responsabilités dans ce décadence: le système éducatif n'évolue pas avec la société. Les programmes et outils éducatifs sont l'héritage d'un temps ancien qu'on aurait souhaité tirer de nos pire cauchemars: colonisation.
A l'heure du numérique très peu d'élèves touchent à un ordinateur à l'école avant le lycée ou l'université pourtant nos quartiers sont assaillis de cyber café. A l'heure du digital, aucun cours n'est donné sur les réseaux sociaux alors qu'on connait tous le taux de pénétration de Facebook ou de Whatsapp en Afrique. Les réseaux sociaux en soi ne sont pas mauvais tout dépend de l'utilisation qu'on en fait . Sans une éducation à leur utilisation, les plus jeunes auront tendance à aller vers le mauvais côté de ces outils puissants d'information et de communication.
Je ne pense qu'il s'agisse d'un problème de moyens, de ressources. Plutôt de mentalité. A croire que les aînés sont fiers de l'abrutissement des plus jeunes; ce qui leur permettra de rester plus longtemps aux pouvoirs car il n'y aura pas de relève assurée.

mareklloyd
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Merci Rafaela! Tout y est, tout est dit, belle intervention...