Conversation avec une future Akpénou (I)

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Un beau matin, je me suis lancé dans une discussion avec une amie de longue date, puis nous nous sommes gentiment frictionnés par rapport à un point. Je vous laisse apprécier.

Moi : …. Aah tes vacances seront longues. Vas-tu rentrer au pays?

Elle : C’est ce que je compte faire, mes parents veulent même me faire Akpéma.

Moi : Super. Je vais tout faire pour ne pas rater ça. Toi, à poil jusqu’à la montagne. Ça promet.

Elle : Lol, jamais, nada, ce sera à l’église. Ça va pas chez toi ?

Moi : Comment ça ? Akpéma, c’est de façon traditionnelle que ça se passe. Où est-ce que tu as déjà entendu parler d’un baptême dans les montagnes ?

Elle : Pfff, toi et ta logique là, on s’en fout. Toi, tu as déjà fait Evala ?

Moi : Non non, je vais le faire à la mosquée l’année prochaine.

Elle : Lol, Evala à la mosquée? Tu te fous de qui ? Pfff, t’es vraiment bête quoi.

Moi : Et toi qui veux faire Akpéma à l’église là, tu ne te fous pas de la tradition par hasard . . .

Bien, pour ceux qui se posent la question, Akpéma est un rite d’initiation de la jeune fille Kabiyè (Ethnie du Nord-Togo) qui lui ouvre les portes de la vie d’adulte et du mariage. Généralement, elle y est soumise entre 18 et 20 ans. Les cérémonies s’effectuent dans les montagnes du canton et sont dirigées par les <vieilles>. L’ Akpénou (nom donné à celle qui subit l’initiation) rallie les montagnes, souvent à des kilomètres de chez elle, toute nue.

En cela, on entrevoit son courage, sa détermination et aussi sa promptitude à supporter le fardeau que peut représenter son futur foyer. Au lieu où se déroule la cérémonie proprement dite (dans une grotte située dans les montagnes interdites aux spectateurs), lorsque l’Akpénou arrive à s’asseoir sur <la pierre sacrée> et se relève sans le moindre problème (en terme plus clair, sans que du sang ne coule de son organe génital), elle aura prouvé qu’elle est restée chaste depuis sa naissance jusque-là . Que d’honneur pour elle, ses parents, sa famille.

Au terme de la cérémonie, elle devient officiellement une femme et a le droit de se marier (à un homme qui aura au préalable fait « Evala », rite d’initiation pour les hommes).

L’Eglise catholique a cependant décidé depuis de nombreuses années de « christianiser » cette pratique purement traditionnelle, et ce, sans l’accord des chefs coutumiers. Aujourd’hui, elle organise donc le même rite à sa façon, ce que je trouve personnellement absurde, ce que je qualifie de loufoquerie de taille.

La tradition n’est pas à mêler au christianisme. Que ferait l’Eglise si les chefs traditionnels décidaient à leur tour de communier ou de confirmer les jeunes aspirants comme ils veulent? Elle crierait au blasphème. J’en suis sûr à 99% . En plus, n’est-ce pas elle, cette même église qui, dans les cours hebdomadaires de catéchèse, nous enseigne qu’il ne faut pas faire à autrui ce que l’on ne veut pas qu’on nous fasse ? Hmmmm vaut mieux ne pas en dire plus…

Puisqu’il en est ainsi, et bien moi, l’année prochaine, je fais Evala à la mosquée et plus tard ma fille fera son Akpéma à la synagogue.

 

 

 

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mareklloyd
Qui cherche trouve. Mais, le plus dur n'est pas de trouver ce que l'on cherche, mais c'est de supporter ce qu'on a trouvé, puisqu'on l'a cherché!!! ASSUMES TOI.