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Notre-Dame de Paris : les dons font jaser, j’y vais de mon commentaire

Cette semaine a été marquée par un événement particulièrement triste : impuissants, parisiens et habitants du monde ont vu la cathédrale Notre-Dame de Paris se consumer dans un brasier dont l’origine précise reste à déterminer. Les sapeurs-pompiers de la capitale française ont tout de même réussi à sauver l’essentiel en permettant à l’édifice de rester debout, malgré des dégâts importants. Très vite, les regards se sont tournés vers la reconstruction ; aux yeux de plusieurs Français, le « trésor national », patrimoine culturel et historique, fait partie de leur identité et il faut impérativement rendre à Notre-Dame ce qui appartient à Notre-Dame, soit sa splendeur, son charme, son intégrité.

C’est ainsi que les dons ont commencé à pleuvoir de tous les côtés pour les travaux de réfection et qu’en un rien de temps, plus de 800 millions d’euros ont été promis. Problème, des voix indignées s’élèvent un peu partout pour dénoncer la promptitude des géants français à sortir les canons à millions pour la remise en état de l’édifice, alors que le pays traverse une sérieuse crise sociale. Ailleurs dans le monde, on déplore le fait que depuis plusieurs semaines, l’Unicef ne bénéficie pas de la même générosité financière, nécessaire pour soutenir les nombreuses victimes de la catastrophe naturelle survenue au sud de l’Afrique, notamment au Mozambique, au Malawi et au Zimbabwe.

Faut-il fermement condamner ces sommes vertigineuses si rapidement collectées ?

La valeur du sentiment n’est estimable que par la personne qui le ressent. Ainsi, pour le bonheur de voir vivre un objet ou une personne qui plaît à l’âme, chacun est libre d’affecter l’investissement qu’il juge convenant. La question relève de l’identification à l’objet dont il s’agit. De ce point de vue, je ne suis guère choqué du fait que les familles les plus riches de France aient décidé de donner des centaines de millions d’euros à la faveur de Notre-Dame de Paris. Faisons mine d’oublier les avantages fiscaux qu’elles peuvent obtenir en prenant une telle initiative (une belle petite réduction sur les impôts) et retenons qu’il leur importait énormément, en tant que citoyens français, de s’associer « à la reconstruction de cette extraordinaire cathédrale, symbole de la France, de son patrimoine et de son unité » (extrait du communiqué du groupe LVMH).

J’aurais adoré recevoir ne serait-ce qu’un centième de cette somme qui aurait changé beaucoup de choses dans ma vie d’étudiant galérien ; les gros donateurs auraient bien fait de penser aux gilets jaunes à qui on répète tous les jours qu’il n’y a pas assez de moyens pour satisfaire leurs requêtes… Mais bon ! C’est leur argent, ils en disposent comme bon semble à leur cœur.

Quid de la comparaison Notre-Dame de Paris vs inondations au sud de l’Afrique ?

L’hypothèse de l’identification à l’objet tend à se confirmer ici. Les familles Pinault, Arnault et j’en passe ainsi que de grandes entreprises ou institutions comme Total et la mairie de Paris ont donné à elles seules bien plus de 500 millions d’euros. Comme évoqué plus haut, nous avons affaire à des Français souhaitant panser les blessures d’un symbole national. Même si les livres saints, les constitutions et le sens commun disent que l’homme se doit porter assistance à son prochain en difficulté, dans les faits, les choses se passent bien différemment. L’homme agit par essence en fonction de ce à quoi il s’identifie le plus et/ou en fonction de ses intérêts.

Alors, en tant que richissime français, suis-je susceptible de sortir un gros chèque pour un lieu historique de ma ville et de mon pays au détriment d’êtres humains qui traversent un moment difficile dans une autre région du monde ? Oui, complètement. Un investissement dans les deux cas aurait été louable mais l’histoire a montré que la priorité est toujours donnée à ce qui en nous déclenche l’émotion la plus forte. On ne peut pas reprocher à une personne de donner à ce qui lui est d’une grande valeur sentimentale, et de laisser pour compte une situation dont il n’est pas proche.

Personne n’échappe à ce principe

En tant que togolais et ne connaissant la cathédrale Notre-Dame de Paris que de nom, je ne me suis pas senti particulièrement affecté par cette tragédie. Aurais-je été de nationalité française, un résident de Paris ou du quartier de l’édifice, aurait-ce été ma paroisse pour les messes du dimanche, le lieu de mon futur mariage, j’aurais vécu ce moment et agi de façon différente parce que j’y aurais associé des aspects importants de ma vie. Même son de cloche pour les inondations au sud de l’Afrique, une zone que je ne connais pas non plus, pour les nombreuses victimes de guerre en Syrie, les enfants travailleurs en Chine, les personnes atteintes d’un cancer à l’hôpital : à ce type de causes, on ne s’y préoccupe vraiment que lorsque nous sommes directement ou indirectement liés.

Il existe bien de belles et généreuses gens qui se démultiplient pour aider aux quatre coins du monde. Mais pour la plupart, nous sommes comme ces grands riches : nous ne nous occupons que de nos propres œufs et de ceux dont nous sommes proches par quelque forme d’identification que ce soit.

À mes amis qui souhaitent qu’on obtienne assez vite ce qu’il faut pour le Mozambique, le Zimbabwe et le Malawi, je vous exhorte à sortir vos cartes bancaires. Un euro, un dollar, 500 francs CFA, 2 reais, qu’importe, vous aurez fait augmenter les fonds de la gibecière.

Au plaisir de vous lire en commentaires et une excellente célébration pascale à vous.

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mareklloyd
Qui cherche trouve. Mais, le plus dur n'est pas de trouver ce que l'on cherche, mais c'est de supporter ce qu'on a trouvé, puisqu'on l'a cherché!!! ASSUMES TOI.